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Un avenir en créations

Le prochain contrat de gestion de la RTBF

Dans ces temps de changement, la Fédération Wallonie-Bruxelles doit tracer son avenir… et prochainement celui de la RTBF. Définir le nouveau contrat de gestion de la RTBF, c’est engager son premier groupe de médias, son opérateur audiovisuel phare et premier employeur culturel dans un vaste pari sur la capacité des wallons et des bruxellois à « imaginer » leur avenir, à se donner une identité diverse, multiple, à créer des œuvres à la hauteur d’une vraie ambition.

La discussion actuelle ne sera qu’un premier pas vers une réorganisation nécessaire de la RTBF en raison des évolutions techniques et des changements de comportements des citoyens destinataires de ses services. Amplifier ces réflexions ne peuvent être reportées à dans 5 ans quand la télévision connectée sera généralisée et proposera des services commercialisés par des géants comme Apple, Samsung mais aussi Belgacom ou France Télévision. Dès à présent, il convient de tracer une stratégie d’avenir globale pour la RTBF et d’élargir ses organes de décisions à une représentation des créateurs selon des modalités adéquates.

Un premier signe encourageant : l’administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, tient visiblement à développer une nouvelle politique, celle que la SACD et la SCAM préconisent depuis tant d’années : encourager la fiction « locale », un succès dans tous les pays d’Europe. Ainsi, des pays comme la Grande Bretagne, l’Allemagne et l’Espagne produisent chacun entre 1400 et 1800 heures de fictions par an. La France, 750. La Belgique francophone, quelques heures seulement.

La proposition n’est pas qu’un discours : elle se traduira par une diffusion hebdomadaire de séries belges. Si nous prenons l’administrateur général au mot, cette régularité de programmation des cases (des 26 ou 52 minutes) engendrera un espace de créativité pour les producteurs, les scénaristes, les réalisateurs, les comédiens, les techniciens de notre communauté. Cette démarche nouvelle doit être évidemment inscrite dans le prochain contrat de gestion. Elle complètera une offre en documentaires de création que le prochain contrat de gestion devra continuer à garantir (20% minimum de ses engagements en production) et… amplifier, au vu de leurs qualités et d’une tradition souvent célébrée dans les Festivals comme sur les autres télévisions européennes. A ce titre, nous revendiquons deux documentaires majoritairement belges par semaine en prime time sur l’une des trois chaînes de la RTBF, ainsi qu’un film majoritaire de fiction par semaine sur l’une des trois chaînes.

Il est clair pour nous que cette fidélisation des publics autour de productions audiovisuelles « locales » de fictions régulièrement programmées en accès (dont des fictions jeunesse dont nous voulons la relance) ou prime time, demande d’abord un engagement financier significatif de la RTBF (un minimum de 2 millions € sera nécessaire). Elle suppose également une stratégie coordonnée d’apports supplémentaires et extérieurs à la RTBF (la Fédération Wallonie-Bruxelles avec son nouveau Collège télévisuel, Wallimage/Bruxellimage, le Tax Shelter, la copie privée). Comme la SACD et la SCAM le rappellent depuis plusieurs années, cette complémentarité des soutiens est seule à même de créer un effet structurant pour la production audiovisuelle indépendante, tout en permettant le déploiement d’une pratique professionnelle de l’écriture de séries (la question du développement, de l’écriture, de la formation est ici essentielle).

Ces nouveaux engagements que nous soutenons ne doivent pas empêcher de retrouver une progressivité d’investissements dans la production indépendante, qui pourra se concentrer sur les œuvres majoritaires belges francophones. Le taux actuel de 4,5 % des moyens de la TV demeure trop faible en regard des investissements de nos voisins

Un autre grand changement par rapport au précédent contrat de gestion, c’est l’existence d’une nouvelle chaîne de la RTBF, la Trois. Il s’agit de lui affecter des moyens pour qu’elle puisse disposer d’un budget lui permettant de mener une politique de créations et d’achats. Vu que la Trois diffuse un nombre important d’œuvres patrimoniales, il s’agit également d’intégrer dans le nouveau contrat de gestion un certain nombre de dispositions prises unilatéralement par le CA de la RTBF :
- Pas de coupure publicitaire commerciale et institutionnelle sur la Trois dans les documentaires de création, dans les œuvres de fiction d’auteur, dans les films d’auteur majoritaires belges ou européens, dans les captations d’œuvres théâtrales.
- Des programmes listés sur la Une doivent être diffusés sur la Trois sans coupure publicitaire et en VO sous-titrée.
- une politique constante de promotion des productions majoritaires belges (fiction et documentaire) devrait être proposée par la RTBF, utilisant ses différents médias afin d’augmenter leur audience.

La numérisation des processus de création et de diffusion des œuvres, leur mise en réseaux bouleversent les schémas traditionnels. Qu’il s’agisse de musique, d’audiovisuel ou de livre, nos grands secteurs culturels basculent dans des réalités nouvelles. Cette révolution numérique est déjà un fait quotidien qu’expérimentent les créateurs et tous les professionnels. Le public lui-même change certains de ses comportements en matière de réception des programmes, adoptant ces nouveaux outils que les techniques digitales multiplient. La RTBF a fait de cette révolution numérique l’un de ses principaux chevaux de bataille (convergence des supports, cross-média, sites Internet, tous les secteurs sont touchés). Il s’agit de donner à la RTBF, aux professionnels de la création audiovisuelle, aux citoyens spectateurs les clés d’un avenir aussi complexe qu’inédit. Impossible de figer dans le futur contrat de gestion toutes les modalités, les conditions, les obligations nouvelles découlant d’une telle révolution. Mais il serait utile et sage d’en fixer au moins un premier cadre, un cadre de concertation future qui respecterait le travail, le droit et les devoirs des uns et des autres. A ce titre, il faudra initier une interface dynamique permettant de favoriser efficacement des collaborations nouvelles entre les professionnels de la création et la RTBF en matière de numérique et notamment de crossmédia.

Dans le cadre de la promotion des œuvres, il sera important d’intensifier les liens entre la RTBF, BELA et la SACD/SCAM/SOFAM. Et de garantir cette promotion par le biais également des radios et par l’utilisation des réseaux sociaux.

Suite à la création et au développement de la SONUMA, il conviendra de conforter dans le nouveau contrat de gestion le fait que, pour les documentaires majoritaires belges, les archives ne soient pas payables en numéraire mais uniquement valorisées dans la part de coproduction de la RTBF/SONUMA (compléter donc l’article 10.6 du contrat de gestion actuel relatif à l’accord entre les coproducteurs par un paragraphe particulier autour des relations entre les créateurs/ producteurs, la Sonuma et la RTBF) ; et ce à des tarifs raisonnables.

Enfin, il faudra revenir sur le budget global des captations de « spectacles vivants », répertoires lyriques, dramatiques et chorégraphiques, budget qui a été réduit, sans concertation avec le secteur, lors d’une adaptation du précédent contrat de gestion en décembre 2009. Les moyens numériques permettent de faire plus, et surtout d’innover en la matière, et ce à budget constant. Ici aussi des partenariats crossmédia sont à organiser. Un exemple : « Kiss & Cry » la réalisation multimédia de Jaco Van Dormael et Michèle Anne Demey offre des possibilités de collaboration transmédias extraordinaires.

L’accord ARTE RTBF pourrait être réorienté et modernisé, en, partant de cette question du transmédia (audiovisuel-spectacle vivant – littérature).

En radio, la création dramatique et documentaire, ne doit pas être oubliée. RTBF, Fédération WB et SACD-SCAM collaborent depuis des années pour créer et diffuser des œuvres de qualité selon des modalités exemplaires en Francophonie. Ce dispositif devrait être pérénisé par le contrat de gestion, avec une dimension nouvelle crossmédia. Le Fonds de création radiophonique désormais alimenté par les réseaux privés doit permettre aussi à la RTBF d’amplifier son action dans ce domaine, avec les producteurs-créateurs indépendants.

Enfin, la question de l’emploi des auteurs, et des artistes en général, par le premier opérateur-phare de la FWB doit ici être mise en exergue. Alors qu’une pression croissante va s’exercer sur le statut social des artistes, toutes les opportunités de développer l’emploi artistique doivent être saisies. Avant la négociation et la rédaction finale du contrat de gestion, un bilan de l’évolution de l’emploi artistique à la RTBF ces 10 dernières devrait être demandé. Et des engagements précis devraient être quantifiés dans le futur contrat de gestion.

Dans un monde médiatique en tension, il paraît judicieux aussi de recommander que le contrat de gestion se penche, en concertation avec les associations et sociétés d’auteurs, sur la situation des journalistes (une part importante de l’emploi « en production » qui demeure à la RTBF), afin d’améliorer l’organisation de leur travail, de prendre en compte leurs besoins accrus en formation, de préciser leurs droits moraux et patrimoniaux dans un environnement multi-média.

Terminons par un aspect propre au cœur de métier de la SACD et de la SCAM. Nos sociétés d’auteurs sont évidemment particulièrement attentives au respect par la RTBF des droits moraux et patrimoniaux de leurs membres, de leur liberté d’affiliation (association) au sein de la société d’auteurs de leur choix ainsi qu’à la solidarité nécessaire entre radiodiffuseurs de service public et sociétés d’auteurs vis-à-vis des tiers exploitants que sont les plateformes numériques de distribution de services de médias. Tout engagement en ce sens sera bien évidemment très apprécié de la première communauté de créateurs audiovisuels de la FWB.

Luc Jabon, Président SACD Belgique
Alok Nandi, Président SCAM Belgique
Frédéric Young, Délégué général SACD-SCAM

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