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  • octobre

    Le cinéma documentaire est un sport de combat
    Le 4 octobre 2012
    La Justice a tranché en faveur de Thierry Michel et de son droit à l’image dans son procès contre le général John Numbi (Congo)

    Excellente nouvelle à l’issue du référé de ce matin au palais de Justice de Liège - Général John Numbi contre Thierry Michel et Les Films de la Passerelle à propos de son Droit à l’Image dans le film L’Affaire Chebeya.

    Comme le dit le journaliste Christophe Rigaud d’Afrikarabia-Courrier International : "Le cinéma documentaire est un sport de combat et le réalisateur Thierry Michel est particulièrement bien placé pour le savoir." Et il faut beaucoup d’énergie et de conviction pour rester sur le ring. J’avoue un peu ma lassitude après 20 années consacrées à la RDC. Et le sentiment que l’histoire se répète.

    Cela dit ne gâchons pas notre joie. Le général John Numbi est débouté et condamné aux dépens. Et l’affiche est validée par la justice (voir extrait)

    Une belle victoire de la liberté de la presse et de la liberté d’expression sur le droit à l’image d’un personnage public dans l’exercice de ses fonctions. Un cas d’école également pour de nombreux journalistes et cinéastes.

    Reste que l’intimidation est bien là vis-à-vis de la presse congolaise avec la déclaration du conseiller juridique de John Numbi qui annonce qu’il poursuivra en diffamation toute personne de la presse nationale ou internationale qui associera l’image du général à l’affaire Chebeya !

    Voir en annexe le jugement dans le procès en référé John Numbi contre Thierry Michel et Films de la Passerelle.

    D’autre part, mon visa ne m’a toujours pas été délivré pour le sommet de la Francophonie…

    Cordialement

    Thierry Michel

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  • mars

    Débat autour de l’affaire Maus-Katz
    Le 21 mars 2012
    Avec l’auteur de KATZ, des éditeurs de la 5e couche, dont Xavier Lowenthal et de Tanguy Roosen, ce 21/03 chez Filigranes

    Débat autour de l’affaire MAUS-KATZ en présence de l’auteur de KATZ (ex-anonyme), des éditeurs de la 5e couche, dont Xavier Lowenthal et de Tanguy Roosen, responsable du Service juridique de la Maison des Auteurs.

    Ce mercredi 21 mars, de 18h30 à 20h, à la Librairie Filigranes

    Ces jours-ci devait sortir, aux éditions de la 5e couche, Katz. Il s’agit d’une revisite de Maus, la marquante bande dessinée d’Art Spiegelman dans laquelle l’auteur raconte la terrible histoire de ses parents et de la shoah, représentant les personnes par divers animaux.

    Katz reprend l’intégralité de Maus en représentant tous les personnages avec des masques de chats. Pour des raisons évidentes de propriété intellectuelle, les éditeurs de Katz se sont vus contraints par ceux de Maus de ne jamais sortir le livre et d’en détruire les 800 exemplaires fabriqués.

    N’hésitez pas à répondre à l’invitation de la Librairie Filigrane, pour un débat autour de cette ’affaire Maus-Katz’ avec l’éditeur, l’auteur, ainsi que notre spécialiste SACD-SCAM de la propriété intellectuelle.

  • Le documentaire télévisé ne s’arrête plus sur les silences
    Le 8 mars 2012
    Coup de projecteur critique de Jean-Xavier de Lestrade, président de la SCAM (France), sur les enjeux du cinéma documentaire (article tiré du journal Le Monde, signé Martine (...)

    Jean-Xavier de Lestrade, 47 ans, est un des auteurs de films documentaires les plus réputés au monde. Prix Albert-Londres pour La Justice des hommes (2000), sur le génocide au Rwanda, il obtient l’Oscar du meilleur documentaire pour Un coupable idéal (2002), dans lequel il suit le procès, aux Etats-Unis, d’un jeune Noir accusé à tort de meurtre. Il est aussi l’auteur de la série "Soupçons", sur l’enquête judiciaire qui a lieu autour d’un écrivain américain accusé d’avoir tué sa femme - une affaire qui connaît des rebondissements et dont il tourne actuellement la suite. Depuis près d’un an, Jean-Xavier de Lestrade préside la Société civile des auteurs multimédia (SCAM), la société qui gère les droits de quelque 30 000 auteurs-réalisateurs de films documentaires en France. Il dit en quoi cette forme visuelle est menacée.

    Les chaînes de télévision ne qualifient-elles pas de "documentaire" toutes sortes de sujets qui n’ont rien à voir avec ce genre ?

    C’est vrai, nous avons une bataille à mener. La définition officielle est si large que des reportages sans point de vue, très rapidement tournés, pour un coût très bas, obtiennent ce label. A tort. On est face à un paradoxe : chaque année, France Télévisions dit consacrer plus d’argent au documentaire, les chaînes affirment en produire plus d’heures, et pourtant l’espace qui lui est réellement consacré se réduit. Un rapport de 2010 parle de lui-même : M6 affiche presque autant d’heures de documentaires que France 2 - 163 contre 168 heures. Qui peut y croire ? Où sont les vrais documentaires sur M6, ou même sur les chaînes privées gratuites ? C’est fou, il y a là une énigme ! En fait, le terme est tellement flou qu’il permet surtout à nombre de chaînes d’affirmer qu’elles remplissent leurs obligations de création quand elles ne produisent que des magazines.

    Qu’est-ce qui distingue un vrai documentaire d’un faux ?

    Ce n’est pas son sujet qui définit un documentaire, mais une démarche, une écriture et un regard. Un documentaire donne le temps au spectateur d’entrer dans le film pour qu’il devienne acteur face à ce qu’il regarde. Un exemple : faire durer les plans au lieu de les couper abruptement l’amène à s’interroger, à percevoir des détails, à nouer un dialogue singulier avec le film ; à le faire vivre en soi plutôt qu’à le subir passivement. On n’observe plus la vie des gens sans événement, alors qu’au départ, c’était ça, le propre du documentaire : filmer des paysans comme l’a fait Raymond Depardon, s’arrêter sur le temps qu’il fait, les regards, les silences. Autant de choses quasiment bannies de la télévision.
    Le choix des chaînes privées, et depuis longtemps déjà, consiste au contraire à vouloir "prendre le téléspectateur par la main", en lui expliquant non seulement ce qu’il regarde mais aussi ce qu’il devrait en penser, sans lui laisser d’espace pour apprécier, ressentir, comprendre, juger, jauger ce qu’il voit. On aspire le téléspectateur, en quelque sorte, on sollicite totalement son temps de cerveau disponible, de peur qu’il aille voir ailleurs. Alors que, comme l’a si bien dit le photographe Robert Doisneau : "Suggérer, c’est créer. Décrire, c’est détruire."

    La tendance n’est-elle pas de transformer les documents du réel en objets aussi haletants que certaines séries américaines ?

    Oui, on ressent bien cette tentation de faire du documentaire un spectacle ou un divertissement, à l’image de l’info-spectacle, déjà installée depuis longtemps. Les séries américaines, omniprésentes et rediffusées à l’envi, ont leur part de responsabilité. Construites sur un rythme extrêmement vif, nerveux, dramatisé, elles habituent le public à une forme de consommation télévisuelle qui, à mon sens, change son regard. On l’habitue à une excitation cérébrale continue qui me semble inquiétante. Ce mouvement général, on le ressent même dans Apocalypse (2009), le film emblématique sur la seconde guerre mondiale d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle : ils ont mis un point d’honneur à ce que pas un seul plan ne dure plus de cinq secondes. Pas une seconde de silence non plus ! Aucune interruption entre bruit de fond de canons, archives bruitées et commentaires très rythmés.

    Le public ne plébiscite-t-il pas ces films ?

    Il est formidable qu’Apocalypse ait été suivi par 6 ou 7 millions de téléspectateurs. Mais il ne faudrait pas imposer cette façon de faire à tous les documentaristes. A moyen ou long terme, on court le risque qu’on leur dise : "On sait ce qui fonctionne, il faut appliquer telle recette."
    Pour autant, il serait stupide, voire suicidaire, que les auteurs ne prennent pas en compte les obligations des chaînes à l’égard de leur public. La télévision a évolué, l’audience d’Arte s’est effondrée face à la concurrence, le câble et la TNT ont bouleversé le paysage depuis cinq ou six ans, il faut en avoir conscience. Un auteur qui crée des films sublimes sans qu’ils soient vus, c’est une image stérile. Il ne s’agit pas d’être moins exigeant, surtout pas, mais de ne jamais oublier qu’on travaille pour un public. Shakespeare écrivait ses pièces, les jouait au Théâtre du Globe à Londres et, s’il n’y avait pas de public, il ne mangeait pas ; cela ne l’a pas empêché d’écrire des chefs-d’œuvre. De tout temps, les artistes ont été soumis à des contraintes. Et pourtant, il y a eu des œuvres sublimes !

    Est-ce pour échapper à ces contraintes que de plus en plus de documentaristes tournent pour le cinéma ?

    Les documentaires restent en grande majorité financés par les chaînes et diffusés sur le petit écran. Sur les quelque 60 documentaires qui sortent chaque année en salles, je pense que pour une bonne moitié, c’est faute d’avoir trouvé leur place à la télévision. Très peu parviennent à faire 30 000 entrées, alors qu’un producteur ne commence à voir un début de retour sur recettes qu’au-delà de 100 000 entrées. C’est donc plutôt pour créer un événement que l’on sort un documentaire au cinéma.

    Les festivals consacrés au documentaire représentent-ils un circuit de diffusion important ?

    Il existe dans la société un mouvement profond qui, au-delà du documentaire, marque le refus d’une sorte de chape du prêt-à-penser et du prêt-à-consommer. Si bien que de plus en plus de festivals ou de salles, d’art et essai ou de quartier, diffusent des films documentaires pour un public qui vient très nombreux pour voir autre chose, autrement, et en débattre. Je suis d’ailleurs surpris du nombre de gens qui ne regardent plus la télévision. Parce qu’ils ne la voient plus comme un outil de connaissance mais comme un lieu de divertissement. Leur désir d’enrichissement et d’échange s’exprime par d’autres voies, des réseaux, des cinémas qui comptent un grand nombre d’abonnés, des festivals qui font salle pleine avec des publics très divers. En réalité, on peut encore s’enrichir avec le petit écran, mais il faut faire l’effort d’une vraie recherche pour satisfaire ce désir.

    Le documentaire est-il mieux loti en France qu’à l’étranger ?

    La situation française reste exceptionnelle : nous avons l’une des meilleures télévisions au monde, nous bénéficions d’un service public extrêmement fort, très protégé, et soumis à des obligations de défendre le patrimoine et la création française. C’est dire que, si les auteurs français ont des raisons objectives de se plaindre - difficultés pour travailler régulièrement, revenus stagnants, etc. -, ils ont aussi l’assurance que les chaînes publiques françaises et Arte diffuseront toujours du documentaire parce que cela fait partie de leur identité. Ce n’est le cas nulle part ailleurs. Dans beaucoup de pays, la télévision ne diffuse aucun documentaire. Les gens ne savent pas ce que c’est ! En Europe, les pays nordiques et l’Allemagne préservent cette culture, mais c’est tout. Et aux États-Unis, il a quasiment disparu ; même le bastion que représentait la chaîne cryptée HBO n’en produit guère plus de douze par an.

    Le Royaume-Uni n’est-il pas un modèle ?

    Nous percevons, en France, le formidable reflet d’une télévision britannique de grande qualité. Mais ne nous parviennent que leurs meilleures productions - financées avec des moyens deux à quatre fois supérieurs aux nôtres. La BBC produit de bons documentaires, mais quand on la regarde au quotidien, c’est différent. BBC1, extrêmement commerciale, est pire que TF1 ; BBC2 se situe entre TF1 et France 2.
    Seule BBC4 diffuse des documentaires, mais, l’audience ayant bien baissé, les budgets se sont aussi beaucoup réduits depuis deux ou trois ans. On en revient au problème de fond : si le documentaire ne rencontre plus son public, il meurt.

    Article de Martine Delahaye, paru dans le journal Le Monde du 7 mars 2012, reproduit avec l’aimable autorisation de son auteur.

  • janvier

    Adieu à Monique Heyman
    Le 31 janvier 2012
    Monique Heyman s’est éteinte, fin janvier 2012. Elle a été une des premières employées de la SACD-SCAM en Belgique. Elle y a œuvré plus de 25 ans, au sein du Service théâtre (...)

    Monique Heyman s’est éteinte, fin janvier 2012. Elle a été une des premières employées de la SACD-SCAM en Belgique, pour laquelle elle a œuvré plus de 25 ans, au sein du Service théâtre amateur.

    "Monique était là avant moi, à la Société des Auteurs.

    Depuis 1986 et jusqu’à son départ, j’ai côtoyé une femme admirable (comme il y en a peu).

    Elle était pour moi une « mère » de patience, de professionnalisme, de gentillesse et de politesse.

    J’ai beaucoup appris à son contact et je peux dire qu’au moment de sa retraite mes repères ont, néanmoins, été bouleversés.

    Mme Heyman ne méritait pas qu’on lui fasse du mal ; ce mal qui l’a emportée loin de sa famille et de tous ceux qui l’ont particulièrement appréciée.

    Quel dommage ; c’est une grande perte.

    Que Monique repose en paix maintenant."

    Nathalie Springael
    le 31 janvier 2012

  • 2011

    juin

    Sauver l’Arenberg !
    Le 27 juin 2011
    De nombreux auteurs de cinéma se mobilisent autour du Centre cinématographique de l’Arenberg, galerie Saint-Hubert à Bruxelles, menacé d’expropriation.

    Le Cinéma Arenberg est en danger !

    Message du Cinéma Arenberg

    A ce jour, vous êtes plus de 31.000 signataires de notre pétition. C’est formidable, ça nous touche, ça nous réconforte.

    Soyez en toutes et tous chaleureusement remerciés !

    Malheureusement, il semble bien que cela ne soit pas encore suffisant pour éveiller la conscience des "autorités" compétentes !

    Alors, encore un effort les ami(e)s, faites entendre votre voix !

    Quelques nouvelles de notre côté …

    Un comité de soutien a rédigé une carte blanche qui devrait paraître ce jeudi 15 dans le journal Le Soir. Une première étape.

    Le jeudi 22 septembre à 19h30 se tiendra l’AG annuelle de la Société des Spectateurs. A partir de 20h15, cette assemblée se transformera en une grande réunion de mobilisation pour envisager des projets d’action. Le temps nous est compté, il faut agir !

    Osons insister : L’Arenberg, ce n’est pas seulement une salle de cinéma qui programme de "bons" films, c’est d’abord un projet social et culturel : la finalité d’un cinéma d’art et d’essai doit être le développement d’un projet d’émancipation sociale par la culture et le cinéma. Et toutes les activités du cinéma Arenberg s’inscrivent dans une telle démarche.

    Le sacrifier sur l’autel de la rentabilité commerciale constituerait un détournement inacceptable des valeurs.

    En ces temps de crise, la défense de tels lieux nous apparaît comme un impératif catégorique.

    La situation

    Sans doute en avez-vous entendu parler dans la presse ces derniers jours, les Galeries Royales St Hubert, a décidé de ne pas prolonger le bail du Centre cinématographique de l’Arenberg à dater du 31 décembre 2011.

    La Ville de Bruxelles a proposé officiellement une reprise de ce bail au profit de l’asbl, mais le propriétaire a refusé. La situation est donc actuellement bloquée. Au niveau strictement légal, il semble qu’il n’y ait plus rien à faire. Par contre au niveau "moral", cette décision de "jeter" d’un revers de main un projet tel que celui de l’Arenberg (30 ans d’existence, unique à Bruxelles, par ailleurs capitale Européenne…) est inacceptable aux yeux de milliers de créateurs.

    Et ce sont aussi une vingtaine d’emplois qui sont menacés….

    Votre soutien est aussi le bienvenu afin de faire pression sur les pouvoirs publics afin qu’ils nous permettent d’urgence de poursuivre nos activités, ici ou ailleurs…en attendant la sortie de terre du "grand" projet de Centre Cinématographique à Forest.

    Vous trouverez toutes les informations utiles sur le site www.arenberg.be

    Mobilisation

    Vous pouvez signer la pétition en ligne.

    et sur Facebook.

    Ci-joint également une pétition "papier" à imprimer et à faire signer.

    Liens utiles

    Documents à télécharger

  • 2010

    août

    Interdiction de penser - L’obscurantisme insidieux de la critique inutile
    Le 30 août 2010
    Ce ne sont que deux articulets qui ne mériteraient même pas d’être lus s’ils n’étaient en rien insignifiants. Ce sont, au contraire, des symptômes, des détails exemplaires qui prennent toute leur (...)

    Ce ne sont que deux articulets qui ne mériteraient même pas d’être lus s’ils n’étaient en rien insignifiants. Ce sont, au contraire, des symptômes, des détails exemplaires qui prennent toute leur importance symbolique tant ils grossissent au téléobjectif le conformisme rampant qui envahit la presse petit à petit, jour après jour, inoculant dans la société un venin à petite dose dont les effets ravageurs n’apparaissent que lorsqu’il est trop tard et que l’esprit grégaire dominant a étouffé toute liberté de créer et de penser autrement.

    Ces deux articles n’ont a priori rien à voir l’un avec l’autre, si ce n’est qu’ils ont été publiés la semaine dernière dans deux éditions successives du journal Le Soir (au jour le jour donc : les 19 et 20 août) et qu’ils sont signés Agnès Gorissen, critique qui consacre la plupart de ses papiers au compte rendu des séries télé. Le premier article, intitulé « Faut-il que le service public soit ringard ? » est clairement inscrit dans la rubrique « Humeur ». Le second, intitulé « Un doc qui donne juste envie de s’enfuir », figure dans la rubrique « TéléSUBjectif ». Deux billets d’humeur, pourrait-on croire. Il se fait cependant que le premier est aussi une critique d’émission — il a pour objet la suppression de la chronique de Paul Hermant dans Matin Première sur la Une radio —, et que le second critique le dernier film de Boris Lehman, littéralement cloué au pilori. La confusion entre critique journalistique et billet d’humeur est totale, comme si l’un ne pouvait plus se distinguer de l’autre, comme si la critique, qui a pour fonction d’informer et de susciter la réflexion sur les programmes proposés, ne se distinguait plus de l’expression pure et simple d’une quelconque opinion péremptoire.

    La confusion des genres journalistiques se double ici d’une inculture sidérante qui alimente les stéréotypes sociaux les plus éculés. La journaliste écrivant d’habitude à l’intention des « fans » (un mot qu’elle utilise abondamment dans tous ses articles) des séries télé, on comprend qu’elle n’ait aucune sensibilité pour un art et une pensée différents de l’ordinaire télévisuel. Mais pourquoi diable écrire sur ce qu’on ne connaît pas ? Même dans un billet d’humeur, une journaliste attitrée devrait se garder d’émettre des jugements aussi expéditifs (le film de Lehman est « sans queue ni tête » et Hermant est un « poujadiste ») alors qu’elle ne sait pas de quoi elle parle et ne connaît pas le sens exact des mots qu’elle emploie. De toute évidence, Gorissen ignore tout autant qui était Pierre Poujade et qui est Boris Lehman : elle recopie telle quelle, sans les guillemets d’usage, la première phrase de l’article « Lehman » de Wikipedia (ce qui, si elle avait fait des études de journalisme, l’aurait envoyée illico en deuxième session) ; elle ne connaît rien de ce cinéaste prolifique qui a eu droit à des rétrospectives au Centre Pompidou à Paris et au Museum of Modern Art de New York ; elle prend pour un documentaire (et s’étonne qu’on « n’y apprend strictement rien ») ou un « voyage humoristique » (« ah, bon ? » ajoute-t-elle, incrédule) ce qui est en réalité un récit de soi, un cinéma du subjectif qui s’inscrit dans la lignée de l’autoportrait littéraire d’auteurs aussi renommés qu’André Gide ou Michel Leiris (on n’ose imaginer ce que Gorissen écrirait de L’âge d’homme). Enfin, elle écrit que « certains beaux esprits y verront sans doute de la poésie » puis, dix lignes plus bas, que « certains y verront sans doute de l’art » alors que « le commun des mortels » n’aura envie que de s’enfuir. Et revoici les stéréotypes sociaux pour le coup réellement poujadistes : le « commun » n’a que faire de l’art et de la poésie qui ne sont que pour les « beaux esprits ». Sans doute les « petits », pour parodier Poujade, sont-ils trop bêtes pour comprendre la poésie ? Trop stupides pour apprécier l’art ? À moins que ce ne soient les artistes et les poètes qui, perdus sur le Mont Parnasse, ignorent tout des vraies réalités du monde ? (Allez dire ça à tous ceux qui écoutent encore Brel, Ferré, Brassens, Barbara, Ferrat ou Bashung, sans doute tous des ringards puisqu’ils sont morts). Là où un vrai critique donnera envie de découvrir du nouveau, et indiquera avec un peu de subtilité comment l’apprécier, Gorissen préfère renvoyer ses lecteurs… au lit ! (« A 23h25, écrit-elle, il n’y aura heureusement plus grand monde à martyriser »). Dormez, bonnes gens, et abstenez-vous d’enregistrer ce film qui pourrait mettre en doute vos plates certitudes.

    L’inculture et les stéréotypes alimentent ainsi un esprit réellement poujadiste et dangereux. Aux clichés succède l’argument le plus éculé : la journaliste se demande « comment des producteurs ont bien pu mettre de l’argent dans ce projet — on compte parmi eux Arte, la RTBF, la Communauté française ». Voilà donc l’argent public dilapidé au seul profit des « beaux esprits ». Nul doute que Boris Lehman, qui a consacré tout son argent à faire des films et vécu toute sa vie pauvre comme Job, appréciera. Faut-il rappeler que les nazis, à l’exposition de « L’art dégénéré » qu’ils avaient organisée à Munich en 1937 pour dénoncer l’art moderne de Picasso, Chagall, Van Gogh, Beckmann, Grosz ou Klee, qualifiés de représentants de la « juiverie internationale », avaient affiché à côté de chaque tableau le prix payé par un musée allemand pour acquérir l’œuvre exposée ?

    On comprend mieux, dès lors, le procès fait à Paul Hermant : question d’ « efficacité » d’un service public qualifié sans vergogne de « ringard » : face à Bel-RTL, écrit Gorissen, « la RTBF devait revoir Matin Première, rendre la tranche moins institutionnelle, moins politique, moins “ronflante”. Et Paul Hermant n’était clairement plus dans le ton (…) Or, que ça plaise ou non, un service public qui n’est pas en phase avec la société dans laquelle il s’inscrit est mort ». C’est vrai, ce chroniqueur incisif qui traite les mots avec l’art d’un grand poète, n’est ni « dans le ton » ni « en phase », il ose tenir des propos politiquement incorrects, va à contre-courant des vents dominants, lutte avec des mots simples contre le tout-venant de la pensée unique, du conformisme social et des idées reçues. Comme tous les poètes et les artistes dits « dégénérés », comme tous les empêcheurs de penser en rond, il gêne les bien-pensants qui, à 7h20 du matin, baillent devant leur café ou dans les embouteillages de Bruxelles en se demandant quelle série ils vont regarder le soir à la télé. Alors, puisque Gorissen rappelle que le sort de Paul Hermant n’est pas encore scellé, pourquoi ne suggère-t-elle pas à la RTBF de programmer sa chronique à 23h25 ? À cette heure-là, les moutons dormiront et Paul Hermant n’aura plus personne à martyriser. Allez, dormez bonnes gens et surtout : ne pensez pas.

    Marc-Emmanuel Mélon Professeur de Cinéma à l’Université de Liège.

  • L’appel au boycott des artistes israéliens, c’est la haine d’Israël
    Le 3 août 2010
    Le Monde du 10 juin a publié un éditorial critiquant les appels au boycott d’Israël – y compris ses produits culturels et intellectuels – qui se sont fait entendre avec une insistance augmentée depuis (...)

    Le Monde du 10 juin a publié un éditorial critiquant les appels au boycott d’Israël – y compris ses produits culturels et intellectuels – qui se sont fait entendre avec une insistance augmentée depuis l’arraisonnement par Tsahal du Navi Marmara au large des côtes de Gaza. Richard Kalisz, metteur en scène, a envoyé le texte suivant à la rédaction du Monde.

    J’ai été très sensible à votre appel à ne pas boycotter les artistes israéliens, placé courageusement en éditorial du jeudi 10 juin. Voici une belle pierre jetée dans la mare de l’actuelle hystérie anti-israélienne qui ne cesse de se déchaîner et de s’amplifier depuis la guerre menée contre le Hezbollah, au cours de cet interminable conflit meurtrier du Moyen-Orient et resté, à ce jour, dans une impasse qui pourrait devenir tragique.

    Vous mettez l’accent, à juste titre, sur la contre-productivité de ce type d’action et sur le fait qu’elle aboutirait à censurer la création ainsi que des voix différentes, voire dissidentes. En Belgique aussi, il s’en est fallu de peu, que l’exposition « La ville blanche », consacrée à l’architecture Bauhaus de Tel-Aviv ne soit annulée l’année dernière. Heureusement, in extrémis, elle aura pu se trouver maintenue pour le plus grand plaisir du développement de la connaissance universelle.

    Si je prends quelques minutes pour vous écrire, c’est pour vous dire que le sujet aurait mérité un véritable développement. En effet, si votre éditorial est pertinent, il ne met pas à jour le fondement de ce qui se joue. Car de quoi est-il question en vérité ?

    Regardons un instant l’Histoire et ce qui nous entoure : La France a mené une guerre impitoyable à l’Algérie et en Indochine. A-t’on jamais exhorté à boycotter les artistes français ? La Belgique a exercé une domination féroce au Congo et a participé à l’assassinat de Lumumba. A-t-on jamais appelé à boycotter les artistes belges ? Au plus fort de la guerre du Vietnam, a-t’on jamais demandé de boycotter les artistes américains ? Que du contraire. Pendant la dictature franquiste, n’avons-nous pas accueilli chaleureusement les artistes espagnols ? Avons-nous appelé à boycotter les artistes sud-africains ? Il aurait été particulièrement malvenu de ne pas lire Brink et de ne pas applaudir Johnny Clegg.

    Et pour répondre aux interrogations idiotes de l’écrivain suédois Henning Mankell qui dit « réfléchir » à la possibilité d’interdire la traduction en hébreu de ses ouvrages, on peut lui signaler que personne n’a jamais pensé interdire la traduction d’une œuvre en allemand même à l’époque sinistre du règne d’Adolphe Hitler. Au contraire, il aurait été salutaire de le faire pour tenter une libération des esprits.

    A-t-il jamais été question d’appeler à boycotter les artistes russes et soviétiques même aux pires périodes du stalinisme ?! Allons-nous rejeter les artistes iraniens sous prétexte que ce régime aimerait nous menacer un jour d’une arme nucléaire ? Doit-on encore multiplier les références et les exemples ?

    En vérité les artistes ne sont pas les ambassadeurs d’un État et d’un gouvernement. Pourquoi ceux qui crient au boycott feignent t’ils de ne pas le savoir et sèment-ils la confusion ? Pourquoi seul Israël subit-il ce désir de traitement infamant ? Pourquoi cette exception culturelle ? La réponse est simple : par haine d’Israël. Non pas par haine d’une politique ou d’un gouvernement, mais par négation de ce pays. Obtenir le déni des artistes israéliens et de leurs œuvres, c’est obtenir la preuve in fine de la non-existence de cette qualité : être un artiste israélien. C’est vouloir prononcer la non existence de cette nation. C’est parvenir à la délégitimer. Voilà le but recherché.

    Et les milieux artistiques ou culturels qui se mobilisent autour de pareil but devraient s’interroger de toute urgence sur leur inconscient et le boycotter en eux, toutes affaires cessantes.

    Richard Kalisz, Auteur radio, metteur en scène.

    03/08/2010

  • Vivre des arts de la scène en 2010 ?
    Le 15 juin 2010
    La culture n’est utile que si elle parvient à surprendre et à toucher des hommes et des femmes qui sont au bord de basculer dans les idéologies faciles et (...)

    Interview de Thierry Debroux

    (juin 2010)

    L’annonce de votre désignation à la succession d’Yves Larec au Théâtre du Parc (en 2011) a fait l’objet de nombreux articles, mettant en avant votre beau parcours dans le spectacle vivant et vos futurs projets de directeur, de metteur en scène et d’auteur. Nous souhaiterions connaître aujourd’hui votre point de vue sur quelques défis auxquels sont confrontés les professionnels de la scène.

    Les statistiques récentes, notamment françaises, tendent à montrer que la crise économique développe l’envie de fréquenter des lieux de culture. Confirmez-vous ce constat ?

    TD : Il me serait bien difficile de le confirmer en tant que directeur de théâtre car je ne prends officiellement mes fonctions que le 1er juillet 2011. D’après les confidences de certains responsables d’institutions culturelles, j’avais l’impression, au contraire, que la crise ne faisait guère bon ménage avec la fréquentation des salles. Cependant j’ai pu constater avec Le Capitaine Fracasse en septembre 2009 que, malgré la crise et la paranoïa grippale, les spectateurs étaient au rendez-vous (10.700). Sans doute, la dimension divertissante de ce spectacle explique en partie cette affluence. En temps de crise, les citoyens ont besoin d’oublier la morosité ambiante. Le théâtre le plus révolutionnaire, le plus audacieux, le plus provocant s’est développé dans les années ‘60 qui furent des années de grande prospérité économiques.

    Toujours selon des chiffres français, les recettes semblent profiter essentiellement aux plus grosses « entreprises » de spectacle. Les petites compagnies théâtrales seraient, à l’inverse, de plus en plus fragilisées.

    TD : Comme je le disais dans ma réponse précédente, les spectateurs, en temps de crise et de déprime, cherchent le divertissement. Je suis personnellement très respectueux à l’égard de ce besoin. Mon père était ouvrier et rentrait usé de son travail… Je pense toujours à lui quand j’imagine un spectacle. L’aurait-il apprécié après une laborieuse journée de travail ? En temps de crise donc, les lieux, les compagnies qui proposent des projets plus « difficiles » d’accès, souffrent bien évidemment plus. J’ai pourtant pu constater avec le texte de Joël Pommerat, Cet Enfant, (que j’ai monté au Public) que, malgré un sujet coup de poing, les spectateurs étaient au rendez-vous. La force d’un texte comme celui-là qui parle, dans une langue simple, de sujets qui touchent, qui bouleversent le cœur expliquent ce succès. Par contre, le théâtre qui se regarde le nombril, qui rejette la simplicité sous prétexte qu’être compris c’est être has been… Ce théâtre qui s’adresse avant tout aux théâtres, ce théâtre là souffre beaucoup en temps de crise et ce n’est que justice. Veillons cependant à ne pas succomber au divertissement facile et vulgaire sous prétexte de remplir les salles. Le divertissement n’empêche pas la réflexion, la remise en question…

    Comment rémunérer les auteurs pour l’exploitation de leurs œuvres sur Internet ? Cette question fait l’objet de débats stratégiques depuis plusieurs années. On comprend que la musique, l’audiovisuel et le livre sont concernés au premier chef par les enjeux de la numérisation. En revanche, le spectacle vivant est très peu associé aux discussions. N’est-il pas important que ce secteur participe lui aussi à la définition du nouveau modèle économique qui se met en place, à l’échelle internationale ?

    TD : Soyons réalistes… Le texte de théâtre contemporain se vend surtout à la sortie des spectacles. Les revenus issus de la vente en librairie par exemple sont dérisoires. De quelle exploitation sur Internet, les pièces de théâtre pourraient-elles faire l’objet… Je comprends l’importance de légiférer en ce qui concerne la musique ou l’audiovisuel (téléchargement illicite de films ou de CDs) mais franchement je n’ai pas la prétention de penser que quelqu’un quelque part dans le monde, télécharge illégalement l’une de mes pièces. Mais peut-être ne suis-je pas à la page et je serais ravi que l’on m’éclaire à ce sujet et que l’on me prouve que ce débat a un sens.

    Est-il possible d’élargir le schéma traditionnel de rémunération des auteurs dans le spectacle vivant, menacé par la réduction des subsides publics ? Vous avez exploré vous-même d’autres types d’écritures (mises en scène, adaptations TV…). Il existe sûrement d’autres scénarios de décloisonnement ?

    TD : Parlons franchement. Je ne gagne réellement bien ma vie que depuis trois ans, en écrivant pour la télévision. Évidemment les enjeux sont tout autres… J’ai la chance de travailler pour une série (Petis Meurtres d’Agatha Christie) dont chaque épisode est vu sur France 2 par cinq millions de spectateurs en moyenne. Cela change la donne. Un auteur de théâtre, ici en Belgique, est condamné à rester un amateur, dans le sens où la façon dont il est rémunéré est dérisoire par rapport au temps consacré à l’écriture. Les spectacles en Belgique se jouent très peu… Oserais-je avancer une moyenne de douze représentations devant une centaine de spectateurs… ? Je ne crois pas être loin de la réalité. Comment voulez-vous vivre avec des droits d’auteur aussi dérisoires… ? Certains théâtres, heureusement, tentent des séries plus longues… Mais encore faut-il que nos auteurs aient l’ambition et le talent d’écrire des textes qui pourront se jouer devant des salles de 500 spectateurs… L’écriture contemporaine, par réalisme économique, s’est écartée du théâtre épique… pour produire des œuvres intimistes, à deux ou trois personnages… Malgré un talent certain et un nombre important d’auteurs dans notre communauté, je suis forcé de constater que les textes destinés à de grandes salles pour un large public, dans la lignée du théâtre populaire de qualité, ne sont pas légion. Mais je m’écarte du sujet…

    Pour pouvoir affirmer l’importance culturelle (et économique) du spectacle vivant, il est crucial de disposer d’indicateurs fiables sur l’évolution du secteur (comme cela existe dans l’audiovisuel ou le livre, par exemple) : nombre de représentations/spectacles, taille des entreprises du secteur, emplois générés, statuts des professionnels du spectacle, niveau des rémunérations des auteurs/interprètes, ratio subsides/bénéfices propres… Pourquoi est-il si difficile de mettre en place un tel baromètre du spectacle vivant ?

    TD : Je suis entièrement d’accord avec l’énoncé de votre question. Attention toutefois aux conclusions que nous pourrions tirer hâtivement de l’étude de tels chiffres. Il y a des situations inacceptables et des écarts scandaleux entre les subventions reçues par certaines institutions et le peu d’emplois artistiques que ces mêmes structures génèrent mais il faut être très prudent dans l’analyse. Tous les théâtres n’ont pas les mêmes missions. Sur la difficulté de mettre en placer un « baromètre » il faut interroger ceux qui ont essayé de se livrer à une telle étude comparative. Ils pourront dire mieux que personne, à quelles difficultés ils se sont trouvés confrontés.

    Comme pour les autres disciplines de la création contemporaine, la mondialisation des défis culturels impose que le secteur du spectacle vivant s’organise davantage, se structure, se fédère. Afin de mieux se projeter dans le futur et de travailler plus efficacement avec de nouveaux partenaires, notamment au sein de l’industrie culturelle. Une évolution difficile ?

    TD : Je crois qu’avant tout, nous devons consacrer notre énergie à faire de grands spectacles qui parlent au plus grand nombre. Nous n’avons pas à utiliser l’argent public pour assouvir notre soif immense d’être aimé et reconnu. Au théâtre, nous pouvons prendre le temps pour parler des choses et des hommes, des tourments et des passions… Nous sommes tellement en décalage par rapport à la mondialisation, à l’accélération de tous les mouvements humains et financiers… Restons dans l’ici et maintenant… C’est tellement beau, un acteur vivant qui s’assied simplement sur une chaise et qui raconte une histoire à un public vivant qui, pour un instant, déserte le confort du canapé. Le théâtre ne doit jamais être en phase avec le monde dans lequel il vit. Sinon il ne fait qu’hoqueter une pseudo modernité.

    On connaît la situation très précaire des auteurs dramatiques en Belgique. « Le spectacle vivant crée beaucoup, mais connaît des difficultés en terme de diffusion des œuvres, qui ne restent pas assez longtemps à l’affiche pour faire vivre les auteurs » rappelle Pascal Rogard, directeur général de la SACD (France). Quels nouveaux outils de financement pourrait-on mettre en place pour renforcer les aides existantes ?

    TD : Si tous nos centres Wallonie-Bruxelles étaient aussi bien gérés que le Théâtre des Doms, nos artistes n’auraient aucun mal à s’exporter. Un passage par les Doms assure, pour beaucoup de spectacles, une belle tournée en France… Le Roi Lune par exemple a tourné cinq mois en France grâce à sa programmation aux Doms. Au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, nous jouons deux fois, personne n’a le temps de venir voir, le bouche à oreille n’a pas le temps de fonctionner et rien n’arrive aux artistes qui s’y produisent. Il faudrait revoir la politique et le financement de tels lieux. Il faudrait ouvrir un théâtre à Paris, comme à Avignon qui fonctionne sur le même principe… Six ou sept spectacles par an d’auteurs de notre communauté y seraient créés… Ils y joueraient un mois ou deux… Les Belges ont le vent en poupe, comme on dit ! Profitons-en ! Voilà une idée parmi d’autres…

    La SACD a entrepris plusieurs démarches auprès de la Communauté française en vue de soutenir les auteurs dans leur travail d’écriture, rarement reconnu (et donc financé). La création d’un fonds de soutien à l’écriture dramatique, considéré comme une piste de solution concrète à ce problème, est ardemment souhaitée, depuis des années. Comment contribuer à sa mise en place ?

    TD : J’ai participé à certaines de ces démarches… Je suis évidemment à 100% pour ce fonds de soutien… Nous tombons mal évidemment… Crise est le mot passe-partout pour justifier l’immobilisme. J’espère qu’un jour, un ou une Ministre de la Culture se rendra compte de la situation tragique que vivent les auteurs de théâtre de ce pays. Qui accepterait de toucher 2.000 euros imposables pour six mois de travail ? Réponse : un auteur de théâtre quand il a de la chance !

    La culture peut-elle nous tirer de la crise ? Nous faire inventer une société de demain plus humaine, plus responsable, plus durable ?

    TD : Shakespeare n’a empêché ni la crise de 29 ni les camps de concentration. Les hommes sont stupides un jour sur deux depuis le commencement du monde. Ca ne changera pas. Toutefois, la culture peut, un jour sur deux, tenter de les ramener vers des valeurs plus humanistes. Le théâtre est un lieu de résistance mais il s’adresse à si peu de gens… ! Combien de spectateurs touchons-nous en Belgique ? Ne nous adressons-nous pas à des citoyens déjà convaincus par les thématiques abordées dans nos textes ? Comment faire entrer dans nos théâtres des citoyens qui n’y entrent jamais ? La culture n’est utile que si elle parvient à surprendre et à toucher des hommes et des femmes qui sont au bord de basculer dans les idéologies faciles et intolérantes.

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