Accueil du site / Home_fr / Le Point de vue de Jean-Louis Colinet à propos du discours de la Ministre : Bouger les lignes

Jean-Louis COLINET est le directeur du Théâtre National de Belgique et du Festival de Liège.

Les lignes de la politique culturelle de Joëlle Milquet, Ministre de la Culture.

Une communication dense, complète, très charpentée de la Ministre, ce 19 janvier au National, « pour faire bouger les lignes ».

Des lignes claires, en tous cas.

Parmi beaucoup d’autres, et en termes concis, quelques points forts qui, je crois, méritent particulièrement l’attention, et qui m’ont, à titre personnel, plus spécifiquement marqués :

Tout d’abord, le socle. La notion d’une culture citoyenne, qui « construit la conscience », propose des repères, apporte des valeurs, qui aide à comprendre le monde, une culture conçue comme un rempart contre le repli sur soi, les obscurantismes, les exclusions et les dérives de tous ordres. Une culture d’aujourd’hui pour des gens d’aujourd’hui.

Ensuite, une volonté de remettre l’artiste et le geste créatif au cœur même du champ culturel, d’en faire le centre, le point originel. Ce qui implique des structures moins nombrilaires, moins soucieuses de leur propre image et de leur visibilité, et donc, davantage tournées vers l’artiste, ses nécessités, la démarche de création, des structures qui s’inscrivent davantage et de façon active dans l’accompagnement de l’artiste, qui lui permettent de grandir, de progresser et de s’autonomiser.

D’une façon plus spécifique - et c’est à mon sens un point important - aux côtés d’un renforcement de l’offre, et donc, notamment, de l’aide à la création, j’ai été évidemment sensible à l’idée d’une Fédération Wallonie-Bruxelles davantage « fière de ses artistes », moins en retrait, plus offensive, consciente de ses capacités et de ses richesses créatives, à la volonté de renforcer les outils de promotion des artistes belges francophones, de développement de leur image et de leur présence non seulement au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais aussi en Europe et dans le monde.

Un autre point important soulevé par la Ministre est à mon sens l’urgente attention à porter aux jeunes générations, au nécessaire renforcement des liens entre la culture et l’école, non seulement en termes d’importation de la culture dans l’école, mais aussi en termes de présence du fait culturel et artistique au sein même du processus éducationnel. Des artistes dans l’école, des élèves dans les lieux de culture, certes, mais également une façon de penser l’éducation comme élément d’éveil au monde d’aujourd’hui, comme outil de développement du geste créatif.

Aussi, et dans le prolongement de cette notion de lien, la question de la transversalité, et ce, à de nombreux niveaux : le décloisonnement, la transversalité des pratiques, dans la perspective d’un assouplissement des dispositifs de subventionnement en vigueur, d’une adaptation de ces mécanismes d’aides aux réalités des langages actuels, dont les frontières, on le sait, sont de moins en moins nettes, de plus en plus en plus proches, métissés, mélangés. Mais aussi, tout aussi important, la question de la bonne gouvernance : recherche systématique des synergies entre structures existantes, nouvelles collaborations, optimisation des outils existants et également au niveau communautaire, la volonté d’établir des liens plus soutenus avec les partenaires du nord du pays. Il s’agit là non seulement, face à la carence des moyens, d’une incontournable nécessité, mais également du développement de nouveaux réflexes, de pratiques inédites à créer. C’est une façon de maximaliser les énergies et les potentialités existantes. Dans cette notion de transversalité toujours, un point important lui aussi, et qui requiert à mon sens la plus grande attention, c’est l’idée que la pratique artistique ne peut se concevoir indépendamment d’une pratique culturelle, et qu’au centre de la pratique culturelle se trouve immanquablement le geste artistique.

On le voit donc, beaucoup de lignes à faire bouger, un grand – mais intéressant – chantier, un esprit neuf auquel il nous faut à présent donner un corps…

Jean Louis COLINET
Directeur du Théâtre National de Belgique & Directeur du Festival de Liège.