La SCAM a voulu en savoir plus sur la manière dont les auteurs eux-mêmes analysent leur métier et comment ils voient leurs relations avec les diffuseurs comme avec les producteurs. Cette photographie laisse apparaître un panorama nuancé, voire contradictoire, où derrière un premier plan apparemment serein, se dissimulent bien des inquiétudes et des désillusions.

Un genre majeur de la télévision

Si on observe les statistiques du CNC ou du CSA, le documentaire est de plus en plus diffusé, de plus en plus soutenu, de plus en plus exporté. Plus de chaînes, plus d’investissements, plus de cases qui lui sont consacrées, oui le documentaire, à première vue, est bel et bien devenu un genre majeur de la télévision.

D’ailleurs, selon le récent sondage réalisé par l’Ifop pour la SCAM, le genre télévisuel préféré de 54 % des Français est bien le documentaire. Et les Français sont attentifs à une offre de programmes qui, certes, puissent les divertir mais soient aussi en mesure de les informer et de leur expliquer en quelque sorte le monde dans lequel ils vivent. Bienvenue dans le meilleur des mondes !

Une précarité réelle

Pourtant, la SCAM qui rassemble les auteurs de documentaires n’a pas le même écho de la part de ces professionnels. Pour en avoir le cœur net, notre société a donc mené une grande enquête pendant plusieurs mois auprès de ses membres. Elle a d’une part adressé un questionnaire aux auteurs et d’autre part, missionné la journaliste Isabelle Repiton pour recueillir l’état d’esprit de 24 auteurs de tous âges et d’horizons variés.

Ainsi, derrière les statistiques économiques plutôt rassurantes, il y a les statistiques « sociales », « humaines », moins rassurantes et plus encore, des paroles d’auteurs, inquiétantes. Certes, il y a toujours de beaux documentaires à voir, toujours de belles enquêtes menées, la télévision pantagruélique continue à être alimentée… mais d’après cet état des lieux, à l’image du Métropolis de Fritz Lang, il y a les nantis et les autres car la précarité des auteurs est malheureusement un des éléments marquants de l’enquête :
- Un auteur sur deux a reçu un salaire hebdomadaire inférieur à 1.000 euros bruts (salaire inférieur aux minima de plusieurs techniciens de l’audiovisuel).
- Trois producteurs sur quatre ne respectent pas la reddition obligatoire des comptes.
- Deux auteurs sur trois ne perçoivent pas les droits dus par leurs producteurs.

Autre point marquant de cette enquête, le manque de reconnaissance et de considération exprimé par les auteurs, qui ont le sentiment d’être de plus en plus considérés comme de simples prestataires techniques. Au mieux ils acceptent lucidement et de manière assez désabusée les réalités de la télévision d’aujourd’hui, au pire jettent un regard sans espoir sur un avenir sans eux. Comment expliquer autrement que l’immixtion du diffuseur dans le travail de création n’est positive que pour une infime minorité d’auteurs (8 %).

Six propositions

Cet état des lieux dressé par la SCAM (France) aboutit à formuler six propositions :
- contrôle du CNC sur les comptes des producteurs,
- renforcement de la gestion collective,
- guide des usages,
- charte, redéfinition de l’audiovisuel public,
- conventions d’écriture.

Ce sont en effet par des actions concrètes, loin de toute incantation, que les auteurs peuvent le mieux être compris et vivre le mieux possible (le moins mal ?) de leur création.

Voir compte rendu sur le site de la SCAM France ou télécharger l’étude complète en annexe

Liens utiles

Documents à télécharger